Régulation renforcée des jeux en Afrique francophone
Les autorités africaines intensifient la régulation pour sécuriser le marché des jeux d’argent
Par Marie Dupont, analyste du secteur des jeux — spécialisée dans la régulation des marchés francophones
Depuis 2023, plusieurs pays d’Afrique francophone ont intensifié leurs efforts pour renforcer la régulation des jeux d’argent, soucieux d’encadrer un marché en pleine expansion tout en protégeant les consommateurs. La montée en puissance des plateformes numériques, telles que premierbet, attire une attention accrue des autorités, confrontées à des problématiques communes : fiscalité, dépendance et respect des normes.
Au Sénégal, notamment, la Loterie nationale sénégalaise (LONASE) poursuit sa mission historique dans la gestion des loteries, mais fait face à l’essor des opérateurs privés de paris sportifs en ligne. Selon des données publiées en mai 2024 par le ministère des Finances, le marché des jeux d’argent officiels représente désormais plus de 45 milliards de francs CFA, affichant une croissance annuelle moyenne de 12% sur les trois dernières années.
« La régulation se doit d’évoluer avec les usages, notamment via des plateformes numériques. Notre objectif est d’assurer un cadre fiable et transparent tant pour les joueurs que pour l’État », explique Mamadou Diop, responsable des affaires réglementaires au ministère sénégalais de l’Économie numérique. Plusieurs autres pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale suivent ce modèle, souvent inspiré par l’Autorité Nationale des Jeux (ANJ) en France, créée en 2010, qui assure la régulation des paris et jeux d’argent sur le territoire français.
En Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, des initiatives similaires visent à mettre en place des mécanismes de contrôle plus rigoureux. La multiplication des opérateurs sur le continent, combinée à une législation parfois désuète, rend la tâche ardue pour les régulateurs, cherchant aussi à limiter les risques accrus d’addiction. Selon une étude récente de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les troubles liés aux jeux d’argent affecteraient un peu plus de 2% des populations urbaines dans certains pays francophones, un chiffre qui alerte les autorités locales.
À Paris, l’ANJ sert de modèle avec un cadre légal précis incluant l’obligation de licences strictes, des règles publicitaires encadrées et une politique de jeu responsable. Sur le continent, les disparités restent néanmoins fortes. Le Cameroun ou la RD Congo manquent encore de textes solides, ce qui laisse place à un marché parfois opaque, alors que des plateformes comme premierbet y gagnent en popularité, suscitant débats et controverses.
Cette expansion rapide soulève aussi la question de la fiscalité des gains et des opérateurs. En France, les recettes fiscales sur les jeux d’argent atteignent environ 2,5 milliards d’euros annuels, selon les chiffres de l’ANJ, un levier pour les dépenses publiques. En Afrique francophone, cet aspect est encore en construction, laissant parfois échapper un potentiel précieux pour les finances étatiques.
Pour le spécialiste Kofi Amoussou, consultant en économie du jeu à Lomé, « l’industrialisation du secteur doit passer par plus de transparence et un alignement des législations régionales. L’enjeu est de pouvoir équilibrer croissance économique, protection des joueurs et contrôle social, ce qui n’est pas facile dans un contexte où les réseaux de paiement mobiles comme Orange Money facilitent l’accès aux jeux mais limitent parfois la traçabilité ».
Dans ce contexte, premierbet, plateforme parmi les plus visibles du domaine francophone, illustre bien les défis du secteur : popularité croissante, encadrement juridique encore perfectible, et débats autour de la promotion du jeu responsable. Le grand défi reste de concilier la vitalité économique du marché avec les exigences de protections individuelles et collectives.
Les régulateurs africains sont donc engagés dans une course contre la montre. Alors que la CAN 2025 pourrait encore accentuer l’intérêt porté aux paris sportifs sur les compétitions nationales et internationales, définir un cadre commun crédible et efficace demeure une priorité.
Premierbet et d’autres opérateurs devront nécessairement évoluer dans cet environnement réglementaire en mutation pour garantir la confiance des utilisateurs et des autorités.
(Pour plus d’informations sur la réglementation des jeux sur le continent, voir l’analyse de Jeune Afrique.)
Sur un marché du jeu estimé à plus d’un milliard d’euros dans la région francophone, la montée en puissance du numérique impose des standards solides. La question de la prévention des addictions et du jeu responsable demeure au cœur des débats, comme le rappelle l’Organisation internationale des jeux : « 18+, jouer avec modération, être attentif aux signes de dépendance ». La route vers une régulation harmonisée reste semée d’embûches, mais elle s’impose comme le chantier incontournable des prochaines années.
Marie Dupont couvre le secteur des jeux d’argent et des paris sportifs en Afrique francophone et en France. Elle suit de près l’évolution réglementaire et les enjeux économiques liés à ce marché dynamique.
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